Campagnes nationales et opérations massives de recrutement : les acteurs du BTP et de l’immobilier ne lésinent pas sur les moyens pour attirer de nouvelles recrues. Et pour cause, d’ici dix ans, 120 000 personnes devront être recrutées dans le bâtiment, dont près de 35 000 créations d’emploi. Juniors sans diplôme, séniors en reconversion, professionnels au chômage les employeurs annoncent des opportunités d’emploi pour tous. La pénurie aurait-elle aboli toute sélection ?
La motivation comme seul critère
« Peu importent vos diplômes, votre âge, votre sexe ou votre expérience tant que vous êtes motivé. » Bernard Nebout, Directeur des Opérations de Manpower pour la région Ouest, est formel : le secteur BTP est prêt à accueillir toute personne attirée par le bâtiment. Car les outils pour se former rapidement foisonnent. Apprentissage, professionnalisation et formations internes sont complétés par des opérations ponctuelles telles que la convention signée début janvier entre le gouvernement et la Fédération française du bâtiment (FFB) pour former et recruter 10 000 jeunes et demandeurs d’emploi issus des quartiers fragiles. « Sincèrement, il n’y a quasiment pas de sélection, confirme Bruno Dumas, président de la commission nationale de formation de la FFB, nous manquons cruellement de candidats. Tous ceux qui le souhaitent sont reçus en formation et tout professionnel formé est assuré de trouver un emploi. »
Même son de cloche du côté de l’immobilier, qui recrute pourtant avec plus de facilité que le BTP. Seul critère de sélection pour le poste d’agent immobilier : avoir le sens du service. Aisance relationnelle, bonne présentation, empathie et honnêteté, telles sont les qualités testées par les réseaux d’agences. Pour le reste, la formation se fait en interne. Les rémunérations reposant essentiellement sur des commissions, les agences prennent peu de risque à ouvrir leurs portes aux candidats motivés.
Toujours dans l’immobilier, les commerciaux en quête de reconversion peuvent accéder à des postes de responsable de résidence où ils sont en charge, entre autres, de la commercialisation locative des résidences. Pour les profils alliant compétences techniques, administratives et commerciales, la fonction de gestionnaire de site leur tend les bras. Le gestionnaire de site gère des immeubles au quotidien, il est l’interlocuteur privilégié des clients et coordonne les différents prestataires (équipes techniques, d’entretien, de gardiennage ) pour satisfaire aux besoins des occupants de l’immeuble.
Grimper sur le terrain
Pour autant, la motivation ne suffit plus lorsqu’il s’agit de grimper dans la hiérarchie. « L’immobilier ne cesse de se complexifier, un diplôme spécialisé est indispensable pour acquérir les compétences juridiques, comptables et techniques propres au secteur ! » Comme le rappelle Benoit Dick, responsable de la formation de l’Institut International de l’Immobilier, le bac +3 est aujourd’hui incontournable pour les postes de gestionnaire de copropriétés ou de chargé de transactions, quant aux fonctions d’administrateur de biens ou de directeur d’agence, le bac +5 serait de mise. Ainsi, si les barrières sont minces pour entrer comme conseiller immobilier, les possibilités d’évolution semblent limitées sans qualification adéquate. Il faut alors miser sur la formation continue : les formations initiales se comptant sur les doigts de la main, la profession accueille à bras ouverts les candidats souhaitant se perfectionner. Les réseaux ERA et ORPI nous le confirment, nombre de directeurs d’agence ont démarré conseiller immobilier avec le bac en poche.
Les promoteurs immobiliers, pour leur part, laissent leur chance aux juniors pour peu qu’ils aient un diplôme adapté. Le poste de responsable de programme, par exemple, est accessible aux bac +3/5 spécialisés dans le secteur, après un ou deux ans d’expérience. « Le responsable de programme est en charge de faire sortir l’immeuble de terre, explique Sylvie Roger, responsable du département recrutement et mobilité d’Icade, il participe à la conception du bâtiment (logements, bureaux ou centres commerciaux) et intervient également sur les aspects juridiques et financiers. Il travaille en collaboration avec les architectes et les professionnels du bâtiment. C’est un métier particulièrement gratifiant : un jeune de moins de 30 ans peut gérer un projet de plusieurs milliers d’euros et piloter de nombreux prestataires. Il part d’un terrain nu et livre les clés de l’immeuble deux à quatre ans plus tard en fonction de la taille du projet. »
Tout comme l’immobilier, le BTP facilite la progression de carrière via la formation interne, la plupart des postes de cadres nécessitant des qualifications de niveau bac +2 à bac +5 : conducteur de travaux, ingénieur bâtiment, géomètre-expert Les hommes de terrain ont aussi leur chance : certains postes d’encadrement se gagnent par l’expérience. Tout ouvrier qui allie organisation, charisme et sens du management peut ainsi évoluer vers le poste de chef d’équipe puis de chef de chantier et atteindre ainsi, après 10 ans de carrière, un salaire moyen de 42 000 euros bruts. Comme le rappelle Bruno Dumas, président de la commission nationale de formation de la FFB, « sur un chantier c’est l’expérience qui prime, il faut avoir acquis la gestuelle et l’autorité nécessaire pour être reconnu par les compagnons ».
Laure Marcus
« Les candidats ont aujourd’hui l’embarras du choix ! » Marina Bourrillon, Senior Manager chez Hays
Marina Bourrillon recrute depuis cinq ans des cadres du secteur de la construction au sein du groupe de recrutement Hays. Elle a constaté, ces derniers mois, un réel retournement de la situation : les candidats sont aujourd’hui en position de force. Les employeurs doivent les séduire.
Combien de candidats placez-vous dans le BTP - Immobilier ?
Le bureau comptabilise une vingtaine de recrutements par mois mais nous en ferions quarante si nous avions quarante candidats ! C’est bien simple, dès qu’un professionnel se présente, nous le plaçons. Depuis cinq ans, le service s’est déplacé des clients aux candidats : nous allons les chercher à la gare, nous leur offrons le petit déjeuner, nous les accompagnons aux entretiens
Quels postes sont les plus durs à combler ?
Pour le BTP, ce sont les chefs de chantier et les conducteurs de travaux. Depuis quelques mois, les profils expérimentés sont plébiscités. Jusque là, les entreprises renouvelaient leurs effectifs en embauchant des juniors, mais elles manquent à présent de confirmés pour encadrer les jeunes. Du côté des promoteurs immobiliers, nous recrutons essentiellement des responsables de programme et responsables techniques. Là aussi il y a pénurie, pourtant ces postes sont encore mieux rémunérés que dans le BTP.
Recherchez-vous uniquement des candidats diplômés ?
Le diplôme compte peu dans le BTP, du moins pour les postes de chef de chantier. La plupart ont commencé en tant qu’ouvrier. En revanche, les promoteurs immobiliers recrutent rarement en dessous du bac+2, ce qui n’est pas le cas des cabinets de recrutement. Or les diplômes spécialisés manquent cruellement, contrairement au bâtiment qui compte des formations supérieures bien adaptées comme celles de l’ESTP, l’immobilier souffre à la fois d’une méconnaissance de ses métiers et d’une rareté des formations dédiées. Résultat : les promoteurs recrutent des ingénieurs du BTP, attirés par des salaires élevés, et la pénurie se creuse encore dans ces deux secteurs.
Les chiffres de l’emploi en BTP - Immobilier
278 000
Le bâtiment regroupe 278 000 entreprises et 1 121 000 actifs, il pèse ainsi plus lourd que les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, de la sidérurgie et de l’industrie pharmaceutique réunis.
140 000
Chaque année, 140 000 offres d’emploi ne trouvent pas preneur dans le BTP.
1er
Depuis plusieurs années, le secteur du BTP est le plus gros créateur net d’emplois de l’économie française.
+ 30 %
Les salaires de base des ouvriers de la construction ont été revalorisés de 30 % entre 1998 et 2005, c’est l’une des meilleures revalorisations de ces dernières années tous secteurs confondus.
300 000
Les activités immobilières emploient plus de 300 000 professionnels.
1/4
Les cadres représentent près du quart des professionnels de l’immobilier.
65 000
personnes travaillent dans les agences immobilières, soit 20 % des effectifs du secteur.
38 KEuros
Le salaire médian des cadres de l’immobilier est de 38 000 euros (chiffres APEC 2007).
BTP - Immobilier : les liens utiles
Le site de la Fédération Française du Bâtiment, www.ffbatiment.fr, est un incontournable dans le secteur. Vous y trouverez actualités du BTP, évènements organisés par la fédération ou encore indices et index de la profession. Un annuaire des entreprises du BTP vous permet de cibler vos recherches par activité et lieu. Prenez aussi le temps de jeter un il sur les dossiers de l’espace entreprise qui détaillent toute une série de thèmes d’actualité.
Vous avez aimé la dernière campagne nationale de la FFB ? Retrouvez ces portraits de professionnels du bâtiment sur le site www.lebatiment.fr, métiers et formations y sont exposés.
PRO BTP, le groupe de protection sociale des professions du Bâtiment et des Travaux Publics, lance de son côté le site www.unavenirsolide.com, un site didactique à destination des jeunes. Revaloriser l’image du secteur et informer sur les carrières et avantages envisageables sont les objectifs de ce portail interactif.
Visitez l’Espace Pro du site de la FNAIM, Fédération nationale de l’immobilier sur www.fnaim.fr. Métiers de l’immobilier, annuaire des agences, formations de A à Z, ouverture d’une agence immobilière étape par étape, revue de presse, info service, et bien d’autres informations y sont à votre disposition. La FNAIM vous propose même une télé en ligne, au programme : interviews, reportages et réponses d’experts.