Commerce et distribution : des accélérateurs de carrière
La grande distribution et les enseignes spécialisées ont pris une place prépondérante dans nos habitudes de consommation. Ce succès a un impact fort sur l’emploi du secteur qui, peinant parfois à recruter, met aujourd’hui en place des plans de carrière attractifs pour séduire les talents.
1976 : les grandes surfaces alimentaires – ou GSA – affirment leur emprise sur la consommation des ménages et emploient déjà près de 85 000 personnes. 2006 : les GSA sont partout et emploient désormais 567 000 salariés (1) ! Si le domaine alimentaire, le premier à se structurer, garde une longueur d’avance en termes d’emplois et de chiffre d’affaires, les GMS – pour grands magasins spécialisés (non alimentaires) – suivent de près. Equipement, culture, sport, habillement, bricolage, voyage… Tout ce qui se vend est désormais disponible sous l’une ou l’autre des bannières de la grande distribution. Dans ce contexte, critères d’embauche et perspectives de carrière changent.
Diplômés ou pas, de réelles perspectives
« Nous recrutons notamment des bac +4 et +5, issus d’écoles d’ingénieurs ou d’écoles de commerce. Les bac +2 dotés d’une expérience nous intéressent également », confie Philippe Drigny, responsable du recrutement Grande Région Ouest chez Auchan. A la Fnac, les diplômes importent moins que le profil – commerçant ou non – pour les postes de vendeur : « Nous privilégions le sens du contact et la fibre commerçante des personnes que nous recrutons », déclare Marie Rouen, responsable emploi et politique de recrutement de la Fnac, qui poursuit : « Dès lors que quelqu’un est motivé, toutes les évolutions sont possibles. » Car si les critères de sélection ont en partie changé, les perspectives de carrière ont aussi évolué, comme l’affirme Laurent Reverchon, en charge du recrutement, de la mobilité et des programmes de formation au sein du groupe Truffaut, leader hexagonal des jardineries, avec 50 magasins et 2 600 salariés : « La majorité des postes d’encadrement ou de manager, c'est-à-dire de directeur de magasin, est aujourd’hui occupée par des gens qui sont entrés chez nous comme vendeurs ou chefs de rayon. Les profils que nous recherchons n’appartiennent pas uniquement au sérail des spécialistes de l’horticulture. Nous faisons du commerce et la dimension relationnelle est essentielle. Pour quelqu’un de motivé, ayant un bon contact, les perspectives de carrière sont presque sans limites. »
Affirmation vérifiée sur le terrain. Thierry Anglade, directeur du magasin Truffaut de Nantes, le confirme : « 60 % des effectifs disposant ici d’un CDI sont passés par la case “vendeur saisonnier”, une activité importante chez nous. 100 % des postes d’encadrement sont détenus par des personnes qui occupaient auparavant des postes de vendeurs-conseils… Idem en ce qui me concerne, puisque j’étais chef de rayon dans une GSA avant d’intégrer Truffaut et que je suis aujourd’hui directeur de magasin. » La Fnac ne déroge pas à la règle de la promotion au mérite, comme le rappelle Marie Rouen : « Nous allons ouvrir quatre nouveaux établissements en région parisienne et les quatre directeurs sont d’anciens responsables de département en magasin. » Désormais multinationaux, ces groupes offrent par ailleurs de nombreuses opportunités à l’étranger. Une tendance qui semble aller croissant comme le prouve le développement à l’international de Carrefour, n°2 mondial derrière le géant américain Wal-Mart.
Former les talents ou les recruter à l’extérieur ?
« Nous proposons 30 000 heures de formation annuelle à nos collaborateurs. Il s’agit de formations techniques mais surtout de stages de management, de gestion de conflit, de droit du travail pour ceux qui seront appelés à changer de poste pour se diriger vers l’encadrement », précise Laurent Reverchon. Les grandes enseignes choisissent le plus souvent, contraintes il est vrai par un marché sous tension, de recruter en interne leurs futurs cadres. Une décision qui implique d’être en capacité de former les postulants à de nombreux métiers, riche de perspectives pour les salariés. Les écoles internes fleurissent ainsi que les partenariats, comme l’indique Philipe Drigny : « Nous avons passé un accord avec l’IUT de Tours pour préparer certains de nos salariés au certificat de qualification professionnelle. Cette formation en alternance permet à ceux qui réussissent d’intégrer des fonctions d’encadrement. Neuf sur dix y parviennent. »Cette course aux jeunes talents, qui fait de la distribution et du commerce un secteur de plus en plus attractif, n’a pas échappé aux grandes écoles, désormais dotées de cursus spécialisés comme l’Edhec de Lille. « L’Edhec a toujours été ouverte à la grande distribution, mais le secteur souffre encore d’un déficit d’image auprès des étudiants. Il offre pourtant des métiers passionnants et de belles opportunités, notamment dans les domaines des achats, de la logistique et de la supply-chain (2). C’est ce que nous souhaitons leur faire découvrir », déclarait en mars dernier Christophe Roquilly, le directeur programme grandes écoles de l’Edhec, au magazine LSA.
Passionnant en effet, et prometteur, comme l’atteste le parcours de Philippe Joubert, directeur des ventes de la Darty Box : « Après un passage très enrichissant chez Kiabi, un bon tremplin de carrière, car l’enseigne a l’habitude d’accorder sa confiance aux jeunes – j’ai été nommé directeur de magasin à 23 ans avec un bac +2 et seulement un an d’expérience chez eux –, j’ai intégré Darty au service clients. Mobile et très motivé, j’ai pu mener une carrière qui m’a enthousiasmé. » Et pour cause ! Responsable de service après-vente (SAV) à Clermont-Ferrand, puis du magasin clermontois, directeur de zone de confiance avec deux magasins, une plate-forme logistique et un SAV sous sa responsabilité un an et demi plus tard, Philippe Joubert prend la tête, en 2004, du tout jeune département consacré aux entreprises et collectivités… Le conte de fées continue ensuite, jusqu’à son poste actuel de directeur des ventes de la Darty Box, l’offre Internet de l’enseigne aux 210 magasins. « Un parcours réalisable car Darty offre à ses collaborateurs de réelles opportunités et des moyens de se former. La proportion de cadres ayant débuté comme simples vendeurs ou “comptoiristes” SAV est énorme. Les diplômes sont une chose mais, dans un groupe comme le nôtre, la motivation et l’envie sont beaucoup plus importantes. »
CQFD ?
Marie Paire
(1) Source : Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD).
(2) Gestion de la chaîne logistique.