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Les jeunes et l'entreprise : des liens à renouerRemuants, nonchalants, exigeants ? Ou, au contraire, créatifs, adaptables et travailleurs ? D’après nombre de dirigeants de PME, les jeunes arrivant sur le marché du travail seraient un peu tout cela à la fois, rendant plus complexe encore l’art délicat du management et la vie en entreprise. Mais les jeunes, eux, qu’en pensent-ils, et comment voient-ils leurs dirigeants et leurs entreprises ? Portraits croisés et éléments de réponse.Sommes-nous au bord d’un conflit de génération au sein de l’entreprise ? L’opposition traditionnelle entre dirigeants et salariés se mue-t-elle en choc sourd entre jeunes et… moins jeunes ? Ou voit-on émerger, sans encore trop en discerner les contours, le nouveau visage de l’entreprise du 21e siècle : une entité ouverte, flexible, aux hiérarchies plus souples mais fondées sur des échanges permanents, une entreprise organisée en réseaux, où l’idée et les projets priment sur l’encadrement ?Entre génération numérique et angoisse de la précaritéCes questions taraudent l'ensemble des dirigeants, qui se demandent - parfois avec angoisse, parfois avec enthousiasme - comment faire travailler la nouvelle génération et comment travailler avec des garçons et des filles qui ont été modelés par une société bien différente de celle des quadras et quinquas aujourd'hui aux commandes des entreprises. La télévision, la formidable pénétration des loisirs dans l'univers quotidien, l'arrivée du numérique, partout et tout le temps, ont changé les mentalités. Les jeunes ont par ailleurs vécu l'inquiétude, voire l'angoisse de leurs parents, persuadés que leurs enfants vivraient moins bien qu'eux-mêmes et seraient victimes du chômage et de la précarité. Comment se façonner une identité et un destin lorsque l'on vous promet la peste et le choléra économiques au milieu de grandes plages récréatives ? Posons tout d'abord la question-clé à des dirigeants de PME de différentes régions de France, demandons-leur de nous dessiner le portrait-robot d'un jeune entrant sur le marché de l'emploi en 2007.Nonchalants ou motivés ?« Le portrait-robot d'un jeune arrivant sur le marché du travail ? Impossible d'en donner une image précise », répond Thierry Bara, directeur du site Alcyon de Landerneau (Finistère), une PME de près de 90 personnes spécialisée dans la distribution de produits vétérinaires. « Les jeunes diplômés - nous travaillons beaucoup avec des bacs+ 2 - ne me semblent pas avoir toujours une vision claire de ce qu'est le travail quotidien au sein d'une entreprise. Ils ne l'anticipent pas comme une mission déployée sur le long terme, avec des devoirs, des impératifs commerciaux, et surtout l'ambition de créer quelque chose de neuf. Il est vrai qu'il y a 20 ou 30 ans, on suivait des études pour réussir, il y a 10 ou 15 ans, on en suivait pour éviter le chômage et cela marchait, mais aujourd'hui, cela ne marche pas toujours. C'est sans doute difficile à supporter! Cela justifie-t-il pour autant que certains n'aient aucune idée du salaire qu'ils vont demander, et annoncent des chiffres souvent très en deçà de la rémunération à laquelle ils pourraient prétendre. » Juliette Tricod, est responsable du recrutement chez Cortix SA, entreprise de 140 personnes spécialisée dans les offres packagées de sites Web pour les TPE et PME. La société est installée à Mérignac, en Gironde, mais recrute dans toute la France, en particulier le sud-est. « Les jeunes aujourd'hui, souligne-t-elle, m'apparaissent nonchalants, ils ne préparent pas toujours leurs entretiens d'embauche, ne posent pas assez de questions sur le poste pour lequel ils postulent, prennent parfois les choses de haut. Bien sûr les oiseaux rares existent, et nous avons la chance d'en avoir trouver plusieurs. Mais au niveau commercial, fonction pour laquelle nous recrutons le plus, notamment dans le sud-est où nous renforçons notre implantation, on assiste souvent à une arrivée de postulants qui veulent gérer des portefeuilles existants, pas les constituer ex nihilo.» Conseil donc pour les jeunes : montrez vous plus sérieux, plus intéressés par l'entreprise et par leur mission. Plus volontaires et impliqués aussi.Une solution : donner la possibilité de s'impliquerNe le sont-ils donc jamais ? Si, bien sûr, répondent en chour tous les dirigeants interrogés, mais cet enthousiasme peut être long à venir. Vincent Legall, directeur associé d'Explore, entreprise de veille documentaire de près de 70 personnes située à Carquefou, en Loire-Atlantique, a une tout autre image des jeunes qu'il emploie : « Personnellement, je les trouve bien formés, notamment pour les diplômés bac + 2. Ils comprennent vite ce que l'on attend d'eux, sont capables de s'investir durablement dans une fonction donnée et acceptent - souvent avec enthousiasme - les responsabilités que l'on peut leur confier ». Cette vision est partagée par Valérie Fayolle, en charge du service du personnel de l'entreprise Emalec, société d'intervention multitechnique sur bâtiments commerciaux et industriels, installée à Saint-Genis-les-Ollières, dans le Rhône : « Nos jeunes sont polyvalents, sérieux, le plus souvent bien formés, même ceux dont c'est la première expérience. Ils ont le respect du client, sont ponctuels et assurent un travail difficile sans rechigner. Les assistantes techniques, titulaires le plus souvent d'un BTS, sont remarquablement efficaces au téléphone et parviennent à établir des diagnostics complexes avant interventions. »Chaque salarié est une force de proposition« Je n'arrive pas encore à me projeter dans le futur. J'ai alterné les stages en entreprises, les CDD et aujourd'hui, si j'ai l'impression d'avoir trouvé une entreprise où je peux me faire une place, il est encore trop tôt pour y croire vraiment », remarque cependant Gwendal Commeureuc, 22 ans. Titulaire d'un BTS électrotechnique suivi d'une formation complémentaire d'acheteur, il est désormais acheteur débutant au sein d'Asica. Cette PME malouine (Ille-et-Vilaine) de fournitures électro-industrielles pour les grands groupes et les PME, forte d'une centaine de collaborateurs, semble en passe de réussir le pari de l'intégration des jeunes. Gwendal poursuit : « Je trouve pourtant qu'ici on nous respecte et sans avoir une vision idéaliste de l'entreprise - comme certains professeurs peuvent nous la transmettre ! - j'approuve la volonté de la direction de nous laisser beaucoup de responsabilités. C'est bénéfique pour tout le monde. On s'implique et on comprend plus vite. » Asica se serait-elle dotée d'une politique de management particulière pour les jeunes ? Valérie Melet, assistante RH, le confirme : « Nous essayons d'impliquer les salariés au maximum. Lorsqu'ils arrivent, en plus de la formation complémentaire qu'ils reçoivent, ils suivent une période d'intégration qui leur permet de savoir qui fait quoi et à qui ils peuvent demander conseil. Le message que nous voulons transmettre est simple : chaque salarié est une force de proposition. Les améliorations qu'il suggère sont toujours étudiées car nous avons vu qu'elles étaient porteuses de modernisation pour toute l'entreprise. Nous avons également adopté une politique salariale claire, "homogénéisée" par fonction et ancienneté. Les gens peuvent avancer sans risque d'arbitraire.»Les conditions d'un épanouissementVincent Legall croit lui aussi à la clarté et à la transparence dans les relations dirigeants-jeunes salariés. Le directeur associé d'Explore le dit tout net : « Nous avons une grille de salaire très claire et évolutive. Nous avons pensé que réduire le côté aléatoire des promotions était une condition essentielle pour que les jeunes avancent en sachant où ils vont. Notre taux de turn-over est très faible. » En effet, il semble bien que la multiplication des points de dialogue, la « réassurance » d'une génération dont la nonchalance pourrait bien masquer une colossale angoisse, soient autant d'éléments qui favorisent son intégration et son implication au sein des entreprises. Aurélien Douay, étudiant en deuxième année de BTS communication à Pau, ne dit pas autre chose : « Le stage que j'ai effectué cette année a été comme une révélation. L'association de promotion du court métrage pour laquelle j'ai travaillé, STP CIN, m'a laissé complètement libre de proposer des idées et de les mener jusqu'au bout. J'ai eu carte blanche et cette confiance m'a donné des ailes. Je n'ai pas compté mes heures et c'est peut-être ça qui était le mieux ! » La proximité symbolique des managers, la facilité avec laquelle on peut leur parler font des miracles. Mannuela Berton, 25 ans, un BTS de communication des entreprises en poche, y voit même LA condition de son épanouissement. Chargée de support marketing au sein de la SSII Silogic, elle remarque : « Je bosse vraiment beaucoup, mais je vois que mon patron, avec lequel je suis en contact permanent, bosse aussi comme un fou. En plus, quand j'éprouve des difficultés, il me conseille. Le salaire suit. Dans ces conditions, je ne me pose pas de questions, je fonce. » Un management ouvert, qui prend en considération l'angoisse et la soif de reconnaissance des jeunes, est d'ores et déjà appliqué par de très nombreux dirigeants. Une méthode non écrite, faite d'intuition, qui paraît pouvoir réduire les distances entre l'entreprise et ses forces vives. Les dirigeants ne pourront pas se payer le luxe de faire l'impasse sur cette question. Car c'est bien l'émergence de réponses à cette problématique qui déterminera, pour une large part, le succès ou l'échec du management de demain et, partant, de l'entreprise. |
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